Lundi 15 janvier 2007
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B – La mise en valeur des actions menées commence par « monter » un vrai bilan, non pas pour enfoncer encore plus le clou des gestions passées mais pour deux raisons essentielles :
– Les actionnaires impliqués, ceux qui sont restés par la force des choses et ont désigné le « redresseur », sont en droit d’avoir une information honnête ;
– Le diagnostic fait débouche sur un plan d’action sur des bases « propres ».
Nous l’avons dit, deux plans de redressement sont à préparer :
Le premier consiste à une réduction de voilure avec plan social à la clé. Il est encadré par le « redresseur », sur les bases d’un diagnostic sain révisé et est « fabriqué » par le directeur financier sur place.
Si la fonction n’existe pas, on le déléguera au cabinet d’expertise comptable. Si celui-ci ne veut pas le faire, soit parce qu’il sent sa responsabilité antérieure est menacée ou parce qu’il ne peut pas le faire, on utilisera un cabinet juridique voire mieux, si les salariés ont eu la mauvaise idée de faire procéder à un audit dans le cadre de la procédure d’alerte, de convaincre les experts chargés de cet audit de l’initier…
Juste retour de bâton à l’envoyeur : Plus impliqués, moyennant force honoraires, leur diagnostic sera plus mesuré car leur responsabilité professionnelle sera engagée, tout comme leur crédibilité « politique ».
Le second découle directement du diagnostic révisé : À chaque « dysfonctionnement » constaté apparaîtra une ou plusieurs solutions. Il s’agit de les chiffrer en euros, mais également en équivalent temps plein (ETP).
Il suffit de prendre les meilleures solutions, de les appliquer, de les mettre en œuvre en douceur, de vérifier l’existence d’effets non-désirés et de les corriger. Au bout du compte, en augmentant les volumes, en rattrapant des marges, en diminuant des coûts, 15 % par le haut, 15 % par le bas, on atteint vite le point mort en le dépassant par le haut.
Ramené à un exercice complet, ça se traduit immanquablement par un retour des bénéfices, puis, l’exercice suivant par la diminution des pertes reportables et un gonflement des fonds propres.
La mission est terminée.
Reste à former le successeur, lui expliquer les projets et mettre en place un contrôle de gestion pointu pour qu’il puisse suivre.
On clôturera par la remise d’un rapport d’activité avec évaluation des actions à exercice plein : tout le monde sera content.
Naturellement, car même si + 15 en terme de produits nets et – 15 en terme de coûts peut paraître aberrant aux béotiens pensant que « si c’était faisable, c’aurait déjà été fait », ce genre de « challenge » n’est pas incongru.
Bien entendu, car si la gestion précédente n’a pas pu le faire, c’est tout simplement qu’elle n’y croyait pas ou n’avait pas envie de le faire poursuivant d’autres objectifs (syndrome de la reconnaissance ou du patron de droit divin).
Or, il est sûr qu’on peut prendre 15 % de chiffre d’affaires. Pas tous les ans, c’est rare bien que nous l’ayons fait à l’occasion de « nos classes » dans ce métier.
C’est un objectif affiché alors même qu’un tiers en moins est déjà un retournement historique qui va déclencher, dans le personnel, une envie de « gagne ».
C’est ce qui compte : Que les gens y croient (Pas en trichant naturellement).
Quand le niveau des volumes vendus est ramené à ce qu’il était réellement avant la période de relance, c’est-à-dire en sortant tous les invendus, les impayés accumulés et « non nettoyés », on parle des volumes matières et non pas en euros comptables, il suffit, à périmètre nouveau de faire 5 points en plus, voire 5 points en marge et c’est déjà gagné : Il s’agissait de s’en occuper !
Toutes choses qu’effectivement, les prédécesseurs du « redresseur » ne pouvaient pas faire, sauf à reconnaître leur aveuglement.
Le reste, ressort du cours naturel des matières – l’ex-inflation.
Il est également sûr qu’on peut aussi faire 10 points en moins dans les coûts : Il suffit, là aussi de s’en occuper. Qu’on compte bien. Le redresseur, de par sa seule arrivée a généré :
1°) – Un turn-over naturel sur les plus hautes rémunérations. Certes ça concerne une minorité de personnel spécialement compétent. En masse, c’est au bas mot entre 10 et 30 % des salaires bruts. L’effet de « noria » permet donc entre 5 et 15 points d’économie sur le seul poste des charges de personnel.
2°) – Il est vrai qu’il a encore gagné 2 à 3 points sur la négociation des charges en dénonçant les avantages acquis, en réduisant les couvertures sociales en bloquant les augmentations (2 points à eux tout seuls).
3°) – On s’est aperçu alors que le sous-effectif dans la période d’attente, celle ou le « faisant office de » a remplacé le chef disparu, n’a pas entraîné de dysfonctionnement majeur dans la production (si cela avait été le cas, l’encadrement étroit est là pour le détecter et le corriger).
Or, quand les entreprises sont passées aux 35 heures, bien des postes n’ont pas été dédoublés. Les gens ont travaillé de la même façon, ont fait les mêmes tâches, ce qui est un effet de la « théorie de l’équité » de Adams : puisque tu travailles moins mais que finalement t’es mieux payé pour moins de travail, il est inconsciemment équitable d’en faire au moins autant.
De plus, en débloquant des postes, par le haut, le « redresseur » a contourné le « Théorème de Peter » relatif à l’incompétence en ouvrant à d’autres la possibilité de « faire leurs preuves » (jusqu’à arriver à leur niveau d’incompétence). L’ascenseur social recommence à fonctionner.
Ils vont donc s’en occuper un moment d’en justifier !
4°) – Dans le train de vie de l’entreprise, le « redresseur » a également taillé à la hache ou au coupe-coupe ! Là aussi il a gagné entre 2 et 10 points en quelques mois.
Selon le poids respectif des différents postes de charges, le résultat donne entre 10 et 15 points rapporté sur le nouveau niveau de chiffre d’affaires, d’autant mieux que celui-ci a d’abord diminué « officiellement » pour rattraper son niveau réel, puis a augmenté par la suite.
Après, il suffit de tirer des courbes prospectives de ces changements, en espérant que le successeur patenté du « redresseur » ne gâchera pas trop les chances de l’entreprise trop rapidement : La voie est tracée…
Notre « redresseur » commence déjà à s’ennuyer.
Les actionnaires commencent à espérer avoir fait une bonne affaire.
Les salariés sont regonflés à bloc en pensant avoir échappé au pire. En fait « on les a remis au travail ». Évaporée l’idée de vacances prolongées au soleil sur le dos des Assedic.
La maison est repartie pour un tour…
À suivre !
L’objectif est atteint : l’entreprise peut re-fonctionner normalement et de façon solvable pour un long moment (5 ans, 10 ans ?). Tout va dépendre maintenant de la qualité du management stratégique, mais plus des opérationnels qui ont su faire et en faire la preuve !
CQFD : c’était bien le discours d’entrée du premier jour.
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